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QUARANTE CARTES DIX BILLES ET
TROIS BONBONS
Le
tourbillon incessant de notre début de siècle et de millénaire essaie de nous
entraîner, si ce n’est de nous broyer, dans ce qu’on nous présente comme
inéluctable, moderne, le top du top des temps nouveaux : plus, encore
plus, toujours plus ! Plus de pouvoir d’achat, travailler plus pour gagner
plus, rush sur les soldes, bousculade aux remontées mécaniques, des téléphones
portables qui font beaucoup plus que bêtement téléphone, des GPS qui localisent
à 20 centimètres
près (bien mieux que la génération du mois dernier qui se contentait d’une
précision de 30
centimètres), des télévisions qui captent 80, 90, 150
chaînes, Noël à Hawaï, Pâques aux Seychelles, juillet en Thaïlande…
Nous
donnons un peu tous dans la dérive, et les enfants, par le processus bien connu
de l’imitation du monde adulte, s’engouffrent dans la brèche que nous leurs
ouvrons et s’aventurent sur les routes où nous les précédons. Plus, encore
plus, toujours plus. Le quotidien des poches et des cartables enfantins montre
bien cette dérive. On se souvient qu’il y a quelques mois, il avait fallu
limiter à quarante le nombre de cartes Pokémon, YuGi’Oh et consorts, les piles
ayant fini par atteindre des hauteurs déraisonnables. Quand, avec une belle
régularité depuis des décennies, renaît l’époque des billes, on assiste à la
même dérive de l’excès. Dix billes, ça va, cinquante bonjour les dégâts.
Ces
temps-ci, le délire a tendance à tomber sur les bonbons. De tous temps les
enfants sont venus à l’école avec quelques bonbons en poche, destinés à leur
adoucir la vie, mais cette pratique a depuis peu tendance à devenir
déraisonnable. Ce ne sont plus quelques bonbons, mais des paquets ! Ce
n’est même plus le paquet individuel, c’est le paquet familial ! On se
retrouve toujours en face du même dilemme : trois bonbons ça va, un paquet
bonjour les dégâts.
Trop
de matérialisme tue notre âme et celle des enfants. Le 21ème siècle
sera un siècle de spiritualité ou ne sera pas, fait-on dire à André Malraux qui
ne s’attendait certes pas à lutter avec les écoles et les parents pour un usage
modéré des réjouissances des récréations à Saint Philippe :
« Quarante cartes, dix billes et trois bonbons. » sera un bon slogan
pour limiter les instincts matérialistes des enfants.
Réfréner
les nôtres est une entreprise d’une autre difficulté.
JMP
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